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Jean-Claude CATHERINE, La Ligne de démarcation en Berry-Touraine, Châteauroux, éditions du CREDI - Points d'AEncrage, 1999, 194 p.



JEAN-CLAUDE CATHERINE est agrégé d'histoire et enseigne au Lycée Blaise Pascal de Châteauroux. Son mémoire de DEA, réalisé à l'École des hautes études en Sciences sociales - Propagande et histoire, le port de Lorient, juillet-décembre 1940 - et la thèse qu'il prépare actuellement - Les rapports entre les Français et les Allemands dans le cas du port de Lorient, 1940-1945 - ont fait de lui un de nos meilleurs spécialistes régionaux de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. À ce titre, il a participé àl'ouvrage Les fortifications du littoral - Bretagne sud.
Il étudie les phénomènes liés à la ligne de démarcation depuis 1994 et a eu accès pour cela à de nombreuses archives civiles ou militaires, nationales ou régionales rarement consultées.
LORS de l'été 1940, Hitler divise le territoire français pour ôter au vaincu désarmé toute velléité offensive et mettre la -main sur ses richesses. Les limites ainsi créées, et surtout la ligne de démarcation qui sépare zone libre et zone occupée, portent atteinte à l'unité nationale. Pour tout déplacement interzone, on doit solliciter auprès de l'administration militaire allemande un Ausweis ou laissez-passer, vérifié à chaque passage par les douaniers ou garde--frontières qui patrouillent avec des chiens et qui n'hésitent pas à tirer sur les clandestins. De l'été 1940 au printemps 1943, ce pouvoir arbitraire de l'occupant produit une cassure dans le temps et dans l'espace quotidien du travail, du ravitaillement et des relations humaines. Adaptant son comportement aux contraintes de la frontière, chacun acquiert de nouvelles routines : pour vivre, pour travailler, on se soumet aux règles de l'occupant, mais, parallèlement les activités clandestines se développent. Le sévère contingentement des laissez-passer, révocables à tout moment, la précarité des conditions de passage et la dureté de la répression expliquent le paroxysme des situations et des sentiments vécus, entre espoir et joie, colère et résignation, peur et souffrance. Dans notre région, la position avancée de la Ligne vers la région parisienne et le nord-ouest fait du Berry et de la Touraine une plate forme capitale du passage clandestin. Cette région est aussi un cas exemplaire car elle résume la densité des paysages français traversés par la ligne de démarcation : forêt, cours d'eau et routes, milieux agricoles ou ville-frontière comme Vierzon. Pour toutes ces raisons, l'effet frontalier joue à plein au cœur de la France où la population adopte vite les comportements traditionnels de la contrebande. Exploitant les failles du système de surveillance avec l'aide de multiples complicités, trafiquants et passeurs clandestins s'organisent autour de la ligne de démarcation. Aux lois de l'argent qui règnent sur le marché noir et au passage mercenaire s'oppose l'activité des individus et des réseaux qui se dévouent pour les clandestins fuyant la zone occupée et s'engagent dans la résistance contre l'occupant. Rien n'est simple. Ces deux mondes s'ignorent mais ils peuvent aussi s'interpénétrer et les autorités les pourchassent, les utilisent selon les circonstances. Concurrences et rivalités, jalousies et règlements de compte, dénonciations et trahisons, le danger peut venir de partout.



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© 2001, Alain Giévis