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Un résistant communiste dans le sud de l'Indre

Extrait de l'autobiographie de Georges Pirot

présentation et notes

Jean-Louis Laubry

Le texte qui suit est un extrait de l'autobiographie de Georges Pirot, Mémoires d'un petit paysan berrichon du Boischaut-Sud de l'Indre, 205 p., 1981, S.E.N.I., Châteauroux. Préfacé par Marcel Lemoine et tiré à un petit nombre d'exemplaires, cet ouvrage n'a eu qu'une diffusion limitée alors qu'il constitue un témoignage rare, celui d'un paysan berrichon ayant traversé le siècle. Avec l'autorisation de la famille Pirot et à l'occasion de la commémoration du cinquantième anniversaire de la Libération, l'A.S.P.H.A.R.E.S.D. a choisi de publier les passages qui se rapportent à la seconde guerre mondiale (pages 89 à 123).

Militant politique et syndical, Georges Pirot est un membre actif du Parti Communiste. Avec un maximum officiel de 1800 adhérents dans l'Indre en 1937 (qui retombe à 990 à la veille de l'échec de la grève générale du 30 novembre 1938), le P.C.F. possède dans l'Indre une organisation structurée mais son audience électorale reste limitée : il ne réussit à réunir que 9,5 % des suffrages lors de la consultation nationale d'avril-mai 1936. Or, aux élections suivantes, c'est-à-dire à la Libération, le Parti Communiste devient la première formation politique française et berrichonne. Ses effectifs enflent : 1 500 cartes en septembre 1944, 3 666 en décembre, 5 268 en avril 1945, 7 022 en décembre et enfin 7 644 en 1946. Surtout, un électeur du Bas-Berry sur trois vote pour le P.C.F. (28,2 % des voix en octobre 1945, 29,3 % en juin 1946 et enfin 33,3 % des suffrages en novembre 1946). À cette date, deux députés de l'Indre sur quatre sont communistes et le « Parti » demeure le premier parti de gauche jusqu'au milieu des années 1970. En outre, limitée à quelques villes du département avant la guerre, l'influence du Parti Communiste s'étend désormais aux communes rurales. Le rôle joué par la résistance communiste dans l'Indre n'est sans doute pas étranger à cette implantation politique durable et profonde.

Georges Pirot est né le 17 février 1898 au domaine de Vauvre, commune de Chassignolles (Indre) dans une famille de fermiers acquise à la République et au radical-socialisme. Après avoir obtenu son certificat d'études en 1910, il est domestique agricole. Au début de la Grande Guerre, son père étant mobilisé, il revient travailler aux Fourches où ses parents ont acquis une petite propriété. En avril 1917, il est incorporé dans le 68e régiment d'infanterie à Châteauroux puis au printemps de l'année suivante, Georges Pirot gagne le front et connaît le baptême du feu en Champagne au sein du 333e R.-I. Après l'armistice, son unité gagne la région de Strasbourg. Démobilisé à Amiens en 1920, il retrouve son Berry natal et son métier de cultivateur. Son intérêt pour les questions politiques s'est renforcé à l'armée et, dès cette époque, il est sympathisant communiste allant même jusqu'à envisager de fonder une cellule à Chassignolles. Mais, en 1921, comme tant d'autres Berrichons à cette époque, il part travailler à Paris où il devient gardien de la paix dans le 6e arrondissement. Déçu par ce métier, il démissionne en 1923 et est employé quelque temps chez un marchand de meubles avant de devenir garçon de café, Place de la République. L'année suivante, il entre comme garçon de bureau à la Banque de France et est rapidement muté en banlieue à l'entretien du matériel. C'est en 1925 qu'il adhère au Parti Communiste. La même année, il quitte son emploi et effectue un long séjour en Berry au cours duquel il rencontre sa future femme. Son mariage est célébré le 9 novembre 1925 à Ardentes. Jusqu'en 1927, il demeure à Paris avec son épouse et occupe un poste de magasinier à la Levure Alsacienne. De retour dans l'Indre, plus exactement à Châteauroux, il est manutentionnaire chez un marchand de fer en gros puis jardinier de 1928 à 1931 à la Villa des Charmilles. À l'occasion, il effectue des travaux de terrassement et de battages. Son rêve se réalise en 1933 : il retourne à la terre et cultive 15 hectares sur la commune de Jeu-les-Bois. Entre-temps, il est présenté par le « Parti » aux élections législatives de 1932 dans l'arrondissement de La Châtre (1,6 % des voix). Membre du comité régional Cher-Indre du P.C.F., il est candidat en 1937 au conseil d'arrondissement dans le canton d'Ardentes. Durant le second conflit mondial, il participe activement à la résistance dans les rangs des F.T.P.F. (Francs-Tireurs et Partisans Français) du secteur « Indre-sud » et termine la guerre sous le nom de « capitaine Georges ». Dès le début de l'année 1944, il est l'un des organisateurs des C.D.A.P. (Comité de Défense et d'Action Paysanne), puis un des créateurs et animateurs de la C.G.A. (Confédération Générale de l'Agriculture) dans le département. Avec Gabriel Fauguet et Arthur Pion, il fonde un journal agricole : L'Aurore Paysanne (1945-1958).

Membre du bureau fédéral du P.C.F. à la Libération, il est présenté par le Parti aux trois élections législatives d'octobre 1945, de juin et de novembre 1946. Élu député de l'Indre en novembre 1946, il participe comme juge à plusieurs procès de dirigeants vichyssois en Haute-Cour de Justice et appartient au sein de l'Assemblée Nationale aux commissions de l'Agriculture et des Affaires Économiques. Il perd son siège en juin 1951 et retrouve alors sa ferme de Jeu-les-Bois où il continue la culture jusqu'en novembre 1954. En 1955, il se présente sans succès au Conseil de la République mais parvient à retrouver son siège de député de janvier 1956 à novembre 1958.

En 1972, il effectue un voyage en U.R.S.S. invité comme « vétéran du Parti ». Georges Pirot est décédé en 1981 au Poinçonnet.

Sources

Archives départementales de la Haute-Vienne, cote 186 W 3 - 5.

Buton Philippe, Les lendemains qui déchantent, Le Parti Communiste Français à la Libération, P.F.N.S.P., 1994.

Guéguen-Dreyfus Georgette, Résistance Indre et Vallée du Cher, Éditions Sociales, Paris, 2 tomes (préfaces de Roland Despains et M. Rousselier), 1970 et 1972.

Jouanneau Michel, Mémoire d'une époque : Indre 1940-1944, Histoire de l'Occupation et de la Libération, tome 1 : juin 1940 - juin 1944, préface de Charles SADRON, Châteauroux, 1995.

Maîtron Jean et Pennetier Claude (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, IVe partie (1914-1939), Editions Ouvrières, Paris.

Nicault Maurice, Le Berry dans la guerre, Horvath, 1985.

Nicault Maurice, « L'Indre », in Les communistes français de Munich à Châteaubriant (1938-1941), sous la direction de Jean-Pierre Azéma, Antoine Prost et Jean-Pierre Rioux, P.F.N.S.P., 1987.

Nicault Maurice, « L'Indre », in Les Pouvoirs en France à la Libération, sous la direction de Philippe Buton et Jean-Marie Guillon, Belin, 1994.

Robrieux Philippe, Histoire intérieure du Parti Communiste, tome 1, 1920-1945, Fayard, 1980.

Sommaire des mémoires de Georges Pirot
(Cliquer sur le lien pour aller à la page correspondante des mémoires)

En 1939, remobilisé...

La débâcle et la résistance

Les parachutages

Le maquis de Jeu-les-Bois


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© 2001, Alain Giévis